Il a vraiment de l’avenir, le député social
- Détails
- Créé le vendredi 13 juillet 2012 09:40
- Affichages : 1244
Il est une évidence devant laquelle il est inutile de jeter un voile de pudeur, c’est que la compétition démocratique exige des moyens importants. Au Congo, en France, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et même en Russie, compétir à une élection démocratique suppose en avoir un minimum de moyens conséquents. Autrement, on ne pourra jamais faire entendre ses idées et donc, ne jamais retenir l’attention des électeurs.
Si la compétition démocratique suppose des moyens, elle exige, fondamentalement, et en premier, des idées et un engagement affirmé pour la défense du bien public, de l’intérêt général. On sollicite le suffrage universel, sur la base de ses idées ordonnées dans un programme, un projet de société ou, en tout cas, un courant qui exprime la vision de la gouvernance qu’on souhaite établir, pour la gestion du bien commun national.
Si le candidat à l’élection présidentielle doit se baser sur un programme ou un projet de société, à la députation, le candidat doit faire preuve de connaissance de la vision de la famille politique dont il entend soutenir l’action à l’hémicycle. Le candidat à la députation n’a pas de projet de société ni de programme personnel, mais il peut soutenir le programme du gouvernement ou s’y opposer ou, tout simplement, défendre une cause portée par une partie de l’opinion.
En plus du courant d’idée ou du programme qu’il soutient, le candidat peut mettre en avant sa propre personnalité, sa popularité, le degré d’affection dont il peut jouir de la part de la population qui constitue le corps électoral de sa circonscription et son engagement à défendre les intérêts de la population dont il sollicite les voix.
Mais, au Congo, la compétition démocratique a donné lieu à un phénomène de société de plus en plus pervers. La personnalisation de la députation a pris le dessus. De nombreux candidats n’ont jamais donné la preuve de leur engagement à la défense de l’intérêt général, à la chose publique. On ne connaît pas leur courant de pensées. On ne les a jamais vu participer à un débat, ni donner leurs opinions sur une question nationale ou internationale. Et pourtant, ils veulent devenir députés, une fonction lourdement politique.
Ils mettent, simplement, en avant leur personnalité. Ils édulcorent la réalité que ce n’est pas l’Etat, dirigé par un gouvernement jouissant du soutien d’une majorité au parlement qui va développer les conditions de vie des populations, mais plutôt eux. Pour cela, ils font des promesses de construire des dispensaires, des ponts, de payer les enseignants que l’Etat a abandonnés; ils font des dons et c’est à celui qui donnera plus que reviendra la députation. L’essentiel, c’est de réaliser l’ambition personnelle d’être élu, car de par sa rémunération (indemnités et fonds de descentes parlementaires), le député est aperçu comme un homme riche.
L’apparition de ce nouveau type d’élu, le député social, dans le paysage politique national, n’est pas un hasard. Le député politique de la fin des années 50 a laissé la place au député social qui a commencé à émerger avec la restauration de la démocratie. Deux phénomènes ont, sans doute, concouru à son émergence: d’un côté, la rémunération attrayante des parlementaires et leur pouvoir dans l’appareil de l’Etat, et de l’autre, les faiblesses des politiques sociales avec pour conséquence la paupérisation de larges couches de populations. Des populations qui cherchent ainsi des «sauveurs». Dans un tel contexte, le député social a vraiment de l’avenir, car en dépit des critiques qui lui sont adressées, par rapport au rôle du député qui n’est pas de construire des écoles ou d’acheter des ambulances, on voit mal, dans notre contexte, comment se faire élire uniquement sur la base de ses précieuses idées, sans faire des dons et des promesses de construction de ceci ou de cela. Bien sûr, par une volonté politique, on peut changer cette triste réalité, source d’évasion financière au niveau des caisses de l’Etat. Une loi interdisant des dons pendant la campagne électorale peut, par exemple, être prise. Mais, ce n’est pas facile de se débarrasser d’une pratique qui devient monnaie courante dans notre société.
Joachim MBANZA


