Les défis du processus d’émergence économique au Congo-Brazzaville
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- Créé le mardi 26 juin 2012 10:03
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De plus en plus de pays africains aspirent à l’émergence économique, aussi bien dans la région sub-saharienne que dans le Maghreb. Excepté l’Afrique du Sud, pays émergent, les postulants africains à l’émergence, malgré leur niveau de développement assez relatif, nourrissent l’ambition de franchir l’échelon supérieur dans le défi du développement qu’offre la mondialisation. Parmi ces pays africains aspirant à l’émergence, il y a le Congo-Brazzaville. Dans ce processus vers l’émergence, le destin du Congo est tout simplement entre ses mains, pour peu que prime la volonté politique de rompre définitivement avec les pratiques qui nous ont trop longtemps maintenues en bas de l’échelle.
L’émergence serait-elle devenue, pour les pays africains, une mode ou serait-elle une réelle volonté (soudaine) d’emboîter le pas aux pays émergents de premier rang, à savoir le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud (les B.r.i.c.s)?
Le Brésil est la sixième économie mondiale avec un P.i.b de 2.510 milliards de dollars, en 2011. Les premières formes d’industrie brésilienne (exploitation du bois, canne à sucre) ont marqué durablement le paysage économique du pays. Membre des B.r.i.c.s, le Brésil a fondé son économie sur la culture et le commerce de la canne à sucre, sur les productions agro-industrielles (café, caoutchouc, etc), et a connu, par la suite, un essor économique l’ayant conduit inexorablement à l’émergence.
Dans les années 90, les dragons asiatiques (Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, Inde), annonçaient déjà les couleurs. La constance de leurs ambitions et la dynamique économique mise en place ont fait d’eux, des pays émergents en puissance.
En 2010, la Chine accède au rang de deuxième puissance économique mondiale, derrière les États-Unis, avec plus de 9% du P.i.b mondial. Le développement effréné des activités économiques chinoises est davantage dû aux investissements et aux exportations qu’à la consommation intérieure.
Ce qu’il faut retenir, c’est que le processus d’émergence a ses exigences: économiques, sociales et structurelles. En la matière, les B.r.i.c.s talonnent bien, aujourd’hui, les grands pays industrialisés du G8, en termes d’économies et d’infrastructures modernes de toute sorte, auxquelles il faudra ajouter la recherche.
Donner toute la primauté à l’intérêt national
L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, disait le président américain Barack Obama, à Accra (Ghana), lors de son passage en Afrique sub-saharienne. L’Afrique, comme le Congo d’ailleurs, a besoin de visionnaires, de passionnés, au sens noble du terme, d’une race de responsables qui ne calculent pas pour ses propres intérêts, mais de responsables imbus d’une autre culture, la culture du résultat.
Le Congo ne voudrait certainement pas rester en marge des grandes mutations qui s’opèrent à travers le monde, en termes d’émergence des nations. Seulement, encore une fois, cela doit se traduire dans les faits. Il ne suffira plus de le scander.
Le problème du Congo, c’est la lenteur avec laquelle il se développe. Non seulement il avance lentement, mais en plus, il n’est pas doté de beaucoup d’infrastructures modernes dignes d’un pays aspirant à l’émergence, en termes d’infrastructures routières, sanitaires, scolaires, universitaires, énergétiques, etc, même si l’on constate quelques efforts du gouvernement de construire des infrastructures de base. Les villes congolaises sont encore dans un état général pitoyable, qui appelle une autre problématique, celle de la gestion des collectivités locales.
L’émergence, réelle volonté ou mode soudaine?
Loin d’être une gageure, l’aspiration à l’émergence exige, par contre, de profonds changements dans la gouvernance globale d’un pays. Il requiert:
1- des réformes institutionnelles, avec une séparation des pouvoirs qui ne souffre d’aucune entorse, parmi les organes suivants: l’exécutif; le législatif et le judiciaire, auxquels il faudra adjoindre la presse, comme quatrième pouvoir. Une presse libre, indépendante et respectueuse de sa déontologie, est un contrepoids ayant pour vocation d’éclairer l’opinion générale. Mais, une presse au service des politiques comme nous l’assistons, hélas, de plus en plus, dans notre pays, est un frein à l’émergence.
Des institutions libres et véritablement indépendantes sont un gage de stabilité et d’attraction de gros investissements étrangers. C’est aussi la clé pour la bonne marche de la République et de la démocratie. Car, la main mise de l’exécutif sur les autres pouvoirs handicape, gravement, leur bonne marche et contribue à la mauvaise gouvernance et à la stagnation de nos pays. Lorsque l’exécutif empiète sur les autres pouvoirs, c’est la porte ouverte à tous les dérapages. On se détourne des missions prioritaires pour le pays, au profit des projets ayant vocation à ne servir que les intérêts d’une frange.
2- des ambitions véritablement nationales dépassant les clivages partisans et fondées sur la continuité et le long terme. C’est le laborieux chemin parcouru par les cinq principaux pays émergents;
3- une bonne gouvernance, éloignée des pratiques ostentatoires auxquelles nous assistons aujourd’hui, chez nous;
4- des projets ambitieux, fédérateurs et salutaires pour l’ensemble du peuple (Orienter les investissements vers les secteurs porteurs). Cela suppose que la raison doit primer sur le cœur, dans le choix des investissements nationaux. Investir dans les secteurs clés et porteurs pour le pays, avec pour point d’orgue, la création d’une dynamique économique, le soutien à la consommation et la consolidation de la croissance. C’est la redistribution des richesses au moyen des rémunérations versées, qui soutient la consommation, avec pour corollaire l’augmentation de la compétitivité et, in fine, un partage encore plus grand des richesses nationales.
Les emplois durables contribuent non seulement à l’augmentation de la consommation, mais plus encore au soutien de l’économie, à travers les cotisations sociales, les taxes et les impôts sur les revenus, eux-mêmes rémunérateurs de l’économie et sources de financement d’autres investissements productifs, qui créeront, à leur tour, de la richesse nationale et ainsi de suite. Voilà comment se crée un cycle vertueux de croissance et de dynamique économique.
En avons-nous suffisamment les coudées franches?
La route vers l’émergence est longue, semée d’embuches et requiert des comportements nouveaux dans la gestion des biens publics et suppose aussi la fin de l’impunité. Sinon, comment mettre le cap sur l’émergence avec son lot d’exigences, lorsque les deniers publics sont détournés à des fins personnelles, dans l’impunité la plus totale et au grand dam de l’autorité judiciaire?
Le Congo-Brazzaville a les atouts nécessaires pour se développer, pour peu qu’il oriente mieux ses choix d’investissements.
Réorienter la politique des municipalisations accélérées des départements
La politique actuelle de municipalisation accélérée des départements, loin d’être une mauvaise affaire, ne demeure cependant pas, dans sa configuration actuelle, «un bon placement». On ne peut pas être dans une logique de municipalisation accélérée tous azimuts, en fermant les yeux sur «le retour sur investissement». Voilà pourquoi l’orientation des investissements vers des secteurs-clés s’impose: 30% d’investissements non productifs et 70% d’investissements productifs orientés vers les secteurs pourvoyeurs de richesses.
Privilégier les investissements qui changent le quotidien des populations
Pour prendre l’exemple de la municipalisation accélérée en cours dans le Pool: sur les 530 milliards de francs Cfa prévus à cet effet, 371 milliards seraient affectés aux investissements productifs et les 159 milliards restants aux investissements non productifs comme la construction des préfectures, des hôtels de police, des mairies, du palais présidentiel, de l’héliport, des marchés, etc.
A ce titre, la construction des axes routiers à travers le pays ne peut que contribuer au développement de l’économie nationale. Seulement, il faudrait que ces axes routiers servent principalement à l’acheminement des biens et au développement du tourisme. Autrement et encore une fois, ces investissements resteront improductifs.
L’axe routier Pointe-Noire/Brazzaville contribuera à la vitalité de notre économie, non seulement il désenclavera davantage toute la partie Sud du pays, mais en plus, il permettra, par son impact sur les coûts de revient des biens, à rendre plus compétitifs les prix des biens sur le marché final.
Les secteurs-clés d’investissements productifs
- Le secteur agricole: les efforts récents du gouvernement dans ce domaine sont remarquables, mais ne sont pas encore, semble-t-il, suffisants pour prétendre occuper les premières places, ne serait-ce qu’à l’échelle continentale. Il serait judicieux de lancer une révolution verte, à l’instar de l’Inde.
- Le secteur agro-industriel: le Nord et le Sud du Congo regorgent de zones entières propices à la production agricole de masse et à la transformation industrielle sur les lieux de production.
- Mettre en place des structures de distribution dans toutes les grandes localités du pays, en vue de leur écoulement sur le marché final;
Le fer, nous en avons semble-t-il à Mayoko et dans le district de Komono, et dans d’autres localités comme la Sangha. Il faudra identifier l’importance de ces gisements, aussi bien de fer que d’autres minerais qui constituent l’énorme richesse de notre sous-sol.
Le Brésil, a fortement développé la filière de l’éthanol, biocarburant dont il est, avec 154 millions d’hectolitres par an, le premier producteur mondial. Cet éthanol est produit à partir de la canne à sucre. Le Congo peut, donc, développer la filière canne à sucre à Nkayi, en multipliant les plantations de canne autres que celles de Saris, et accroître sa production dans des proportions encore plus grandes.
- L’Etat doit pouvoir occuper sa place dans l’espace aérien national et international. Le Congo n’a pas de compagnie aérienne nationale de l’envergure (même moindre) de South Africa Airways par exemple.
- Notre chemin de fer, c’est aussi un pan non négligeable de notre histoire. Il doit pouvoir redorer son blason à jamais terni et le revitaliser en renouvelant le parc de ses locomotives, de ses wagons voyageurs et marchandises.
D’autres secteurs sur lesquels l’Etat devra investir davantage sont: le secteur énergétique, la recherche scientifique et le tourisme. L’augmentation de la production nationale d’énergie est d’une importance incontestable, tant pour assurer la croissance du P.i.b que pour contribuer à l’équilibre de la balance commerciale. L’industrie touristique est notre maillon faible, et ce, en dépit de notre patrimoine naturel et culturel.
Deux universités à part entière à Brazzaville et à Pointe-Noire, des instituts à vocation agro-industrielle pour soutenir ce secteur évoqué supra, à Dolisie et à Owando; le secteur socioculturel; le cinéma congolais; redorer le blason de notre musique, jadis au premier plan en Afrique; changer les mentalités et œuvrer pour un retour aux valeurs citoyennes; mener une vraie lutte contre la corruption par le biais de l’autorité judiciaire qui devra pouvoir exercer ses prérogatives en toute indépendance et dans toute la transparence possible.
Il nous faudra, enfin, reformer en profondeur la gestion de nos collectivités locales. Sinon, comment pourrons-nous nous développer avec des collectivités locales passives et à la traine? Dans l’exigeant processus vers l’émergence, la clé du succès est au bout du triptyque suivant: séparation des pouvoirs (indépendance des institutions), bonne gouvernance et audit des comptes.
Diop MAHOUCKOUS


