Éditorial : Les citoyens doivent s’approprier leur démocratie
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- Créé le mardi 26 juin 2012 08:41
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Les troisièmes élections législatives de l’ère post-conflit au Congo arrivent. En réalité, depuis la restauration de la démocratie dans notre pays, par les assises historiques de la Conférence nationale souveraine de 1991, c’est pour la cinquième fois (1992, 1994, 2002, 2007 et maintenant 2012) que les Congolais sont appelés à exercer leurs droits civiques de choisir, librement et démocratiquement, leurs représentants à la Chambre basse du parlement.
Sous la mandature du président Pascal Lissouba (1992-1997), il y eut, en effet, de nouvelles élections législatives, après la dissolution de l’assemblée nationale, en 1993. Depuis la fondation de la République, en 1958, (donc 54 ans après), c’est à peine le sixième rendez-vous électoral du genre, en raison de la longue parenthèse du système de parti unique (1963-1990), avec son long cortège de violences politiques et de confiscation de libertés citoyennes. En 1997, les violences armées aux conséquences désastreuses et tragiques mirent entre parenthèses notre jeune expérience démocratique. Au terme d’une transition qui rappela l’option démocratique fondamentale et irréversible du pays, on renoua avec le vote démocratique, à partir de 2002. Tirant les leçons du passé récent, le Congo, tant bien que mal, s’efforce à être fidèle à son option démocratique et, surtout, à consolider son assise démocratique.
Mais, les citoyens congolais devraient comprendre que le mûrissement de la démocratie congolaise ne viendra pas d’un décret politique. Elle sera, plus que jamais, l’aboutissement de leur propre combat contre les comportements et les pesanteurs qui tendent à phagocyter la démocratie au profit d’une nomenclature qui ne cherche rien d’autre qu’à protéger ses intérêts, comme on l’a vue durant les années tumultueuses et conflictuelles. Notre expérience prouve bien que les partis qui arrivent au pouvoir sont subitement atteints d’un grand déficit démocratique. Ni l’U.pa.d.s, ni le P.c.t et leurs alliés au pouvoir n’ont jamais réussi, à travers leurs gouvernements respectifs, à organiser des élections aussi crédibles que celles de 1992, les premières qui suivirent la restauration de la démocratie au Congo. Au point que ceux qui font, aujourd’hui, des leçons aux organisateurs des élections, ne sont pas plus crédibles que ceux qu’ils critiquent. C’est le problème de notre classe politique. Celle-ci profite, en réalité, de la faible emprise des citoyens sur le système démocratique, pour imposer son diktat.
Pourtant, la démocratie, c’est le pouvoir du peuple par le peuple. Mais, lorsque le peuple est gagné par la résignation, instrumentalisé, à travers des passions tribales ou catégorielles (la jeunesse, les femmes, etc.), ou fragilisé par la peur des violences armées qu’on agite, parce que les commanditaires des violences (les politiques) ne terminent jamais devant les tribunaux, on ne peut avoir une démocratie aussi forte que celle que nous envions chez les autres.
Il nous faudra, déjà, considérer comme acquis que les élections se tiennent de manière régulière et dans la paix, dans notre pays, depuis quelques années. Ce qui est une avancée non négligeable sur la voie de la consolidation de la démocratie, après les errements et l’instabilité du passé. Il reste à parfaire le système électoral, pour qu’il soit équitable, crédible et inspire confiance. C’est un travail de longue haleine que les difficultés actuelles ne doivent pas décourager. Cela devrait commencer, d’ailleurs, par la promotion de la culture démocratique au sein des partis et associations où les dirigeants doivent s’habituer à la légitimité démocratique de leurs mandats, et non être des présidents à vie qui, en réalité, ne se préoccupent que de leurs carrières personnelles.
Au-delà, les citoyens congolais doivent être animés par le souci constant de s’approprier leur démocratie, en assimilant ses principes fondamentaux, pour lesquels ils doivent apprendre à être intransigeants. De cette façon, ils cesseront de subir, progressivement, le diktat politique, responsable de ce que nous avons déjà subi dans le passé. Et pour surmonter les difficultés qui se présentent sur le chemin de la consolidation démocratique, il n’y a rien de mieux que le dialogue. Le dialogue ne donne pas tout, mais il permet d’avancer, même à petits pas, sans pour autant courir le risque de fragiliser l’unité nationale, ni de remettre en cause la paix acquise. L’organisation de nos élections doit permettre aux meilleurs candidats de gagner. Et les meilleurs, ce sont ceux qui obtiennent, régulièrement, la majorité des voix du souverain primaire dans les urnes. C’est cela la compétition démocratique.
Joachim MBANZA


