Céphas Germain Ewangui, observateur des élections législatives en Algérie : «Les élections législatives en Algérie étaient libres, transparentes et équitables»
- Détails
- Créé le vendredi 25 mai 2012 11:09
- Affichages : 349
Le 10 mai 2012, la République Algérienne Démocratique et Populaire a organisé les élections législatives, en vue de pourvoir les 462 sièges de son assemblée nationale. 600 observateurs internationaux ont été déployés dans le pays, dont 200 pour le compte de l’Union africaine, 150 pour le compte de l’Union européenne et près de 300 venus au nom du Comité islamique, de la Fondation Carter, etc.
La mission de l’Union africaine était conduite pat l’ancien président mozambicain, Joachim Chissano, et a compté, dans ses rangs, le Congolais Céphas Germain Ewangui, qui, de retour à Brazzaville, fait le point, dans l’interview ci-après, du travail abattu en Algérie par les observateurs qui ont supervisé le déroulement des élections législatives.
* Monsieur Ewangui, vous êtes rentré de l’Algérie où vous avez supervisé, en tant qu’observateur international, pour le compte de l’Union africaine, les élections législatives du 10 mai 2012. Peut-on connaître votre appréciation sur l’organisation du scrutin algérien?
** Merci de m’accorder cette opportunité, dans votre journal, de faire le point du travail réalisé en Algérie, en tant qu’observateur international des élections législatives. A travers les rapports des différentes équipes déployées sur l’ensemble du territoire algérien, parmi lesquelles l’équipe de l’Union africaine dépêchée dans la province du Sétif et que j’ai eu à coordonner, l’option qui a fait presque l’unanimité est celle de reconnaître que le scrutin législatif du 10 mai 2012, en Algérie, a été d’une qualité honorable pour ce pays. Les observateurs ont remarqué une très bonne organisation, un personnel électoral bien formé, l’accès était garanti à toutes les formations politiques concurrentes pour surveiller l’ensemble des opérations électorales jusqu’au dépouillement. L’accès était garanti aux observateurs internationaux à tout voir, à tout contrôler sur toute la chaîne des opérations liées au scrutin. Le corps électoral s’est exprimé en toute liberté. Quoi de mieux que d’affirmer que cette consultation électorale était libre, transparente et équitable, j’ajouterai même exemplaire.
* Comment expliquez-vous alors les réactions des formations politiques qui contestent les résultats, qui parlent d’une farce électorale qui a fermé la porte au changement pacifique, ouvrant la voie à toute sorte de scénarios comme la révolution à la tunisienne?
** Il est certain que les partis islamiques algériens, au regard des résultats des élections législatives dans les pays de la sous-région comme le Maroc et la Tunisie, s’attendaient à faire un raz-de-marée. Celui-ci ne s’est pas produit, malheureusement, chez eux. Les résultats provisoires publiés donnent largement en tête le F.l.n (Front de libération nationale), l’actuel parti au pouvoir, avec 220 sièges sur les 462 que compte l’assemblée nationale algérienne. Cette contre-performance des islamiques a même conduit certaines formations islamiques à prendre des positions radicales qui n’ont rien à voir avec l’esprit démocratique évoqué par le philosophe Kant. Faire des accusations est une chose, encore faut-il réunir les éléments de preuves pour constituer un dossier solide et engager des actions de recours prévues par la loi, auprès des institutions habilitées à régler les questions liées au contentieux électoral.
Après les opérations de dépouillement, les procès-verbaux ont été mis à la disposition de tous. S’il y a des éléments qui prouvent qu’il y a eu manipulation des résultats, on peut donc les prouver, que d’appeler à une révolution à la tunisienne, quand on sait que celle-ci a eu lieu dans un contexte qui n’a rien de commun avec la dynamique engagée par l’Algérie en faveur des réformes démocratiques. Voilà mon explication.
* Il y a eu, entre autres enjeux des législatives algériennes, le taux de participation; celui-ci n’était pas très élevé?
** Oui, on a enregistré un taux d’abstention de 57%. C’est énorme et cela représente, aujourd’hui, un grand défi à relever dans presque tous les pays du monde où l’on note un certain désintéressement des populations à participer au vote. En démocratie, la règle veut que la légitimité des gouvernants découle du consentement des gouvernés. Ce consentement se mesure à travers les élections. Et quand une majorité du corps électoral ne participe pas au vote, pour conférer cette légitimité aux élus, la démocratie prend un coup et, par conséquent, les dirigeants élus sont légaux et pas forcément légitimes.
* L’Algérie se retrouve entourée de pays qui ont, chacun à sa manière, connu le «printemps arabe» et des bouleversements géopolitiques qui en ont découlé. Peut-on dire, aujourd’hui, qu’avec les élections du 10 mai 2012, l’Algérie est, définitivement, à l’abri d’un tel mouvement?
** De mon point de vue, les gouvernants algériens ont eu le bon réflexe, en anticipant les choses, pour ne pas les subir. Une des revendications des peuples à la base du «printemps arabe», c’est l’accès aux droits civiques et politiques. Sur ce point, l’Algérie est, déjà, sur la bonne voie. Il reste à approfondir les règles, mettre en place des institutions d’appui à une démocratie crédible, d’approfondir la garantie et la respectabilité des libertés fondamentales. A cela doit s’ajouter la satisfaction des droits économiques et sociaux, sinon pour tous du moins pour le plus grand nombre de la population et aussi de s’attaquer efficacement aux problèmes structurels qui minent la société algérienne, comme bien d’autres sociétés sur le continent, à savoir: la corruption, les passe-droits et la mégestion. Il y a autant de défis à relever et, apparemment, les gouvernants algériens en sont conscients, quand on voit leurs efforts à asseoir une bonne démocratie dans le pays et à renforcer son développement socio-économique, pour le bien-être des populations.
Propos recueillis par
Joël NSONI


