«Les épreuves initiatiques chez les Bantus», un livre de Bernard Kolelas, écrit en prison à Ouesso
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- Créé le mardi 22 mai 2012 11:00
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Parmi l’héritage du président Bernard Bakana Kolelas, il est un livre, «Les épreuves initiatiques chez les Bantus» dont il est intéressant de savoir les circonstances dans lesquelles cet ouvrage s’est forgé, puis la distance entre la première étincelle qui s’appelle inspiration, et la publication du produit fini.
Ce livre a connu ses premiers balbutiements dans l’univers carcéral de Ouesso, capitale de la Sangha, localité congolaise la plus septentrionale, avec la Likouala voisine. Un livre né en prison!
Si cela ne pique pas la curiosité, du moins forcément, le fait mérite-t-il d’être signalé. L’on peut même soupçonner que l’inconfort des prisons, l’inconfort tout court, fertilise l’esprit et pourrait, en cela, être favorable à la création. A l’inverse, pourrait-on oser affirmer que la belle et douce vie stérilise, chloroforme et rend improductif celui qui y goûte et s’y prélasse.
A tout le moins, Bernard Kolelas, dans les conditions inconfortables de détention, a produit une œuvre de l’esprit, sous la forme d’un livre. Il nous donne ainsi à constater qu’il n’a pas passivement subi la prison. Il ne s’est pas contenté de maugréer ou de pester contre la claustration et les geôliers. Il n’a cédé ni à la facilité, ni à l’insouciance, laissant s’égrener les heures et les ans, jusqu’au jour tant attendu où il serait rendu à la liberté. Il n’a pas non plus observé indifférence et mépris vis-à-vis de ses compagnons d’infortune.
J’ignore, passablement, ce qui se passe dans une prison. Chacun imagine aisément, cependant, que la vie en ces lieux fermés, mal éclairés et mal aérés, n’est pas attractive. Et quand vous y ajoutez le zèle des geôliers, c’est l’enfer avant terme. Tout y est fait, me semble-t-il, pour briser le moral et rompre l’amour-propre. Bernard Bakana Kolelas n’y céda nullement. Ah! Qu’est-ce que l’homme ressemble à son nom: «Kolelas», mot lari signifiant, en effet, patience et endurance.
Aussi chaussa-t-il, endurant comme son nom, de hauts talons qui lui permirent de dominer ce qui était susceptible de le faire sombrer dans la torpeur ou la passivité stérile. Il garda haut le moral, ne se montrant ni amer ni indifférent. Toujours ouvert. Engageant... et engagé, il s’immergea dans l’univers de cette prison de Ouesso, l’univers de son environnement humain; celui des prisonniers comme lui, celui des geôliers et des rares visiteurs. Ceux-ci le lui rendirent bien, en répondant, de bonne grâce et avec force détails, à toutes ses questions. Ces jeux fréquents de questions et réponses lui permirent de se rapprocher des hommes qui auraient pu lui paraître si éloignés et très différents. «C’est de ma détention, à Ouesso, et de l’amitié dont m’honorèrent des codétenus autochtones qu’est née ma profonde curiosité pour la culture du peuple dont j’étais, en quelque sorte, l’hôte forcé», consent Bernard Kolelas.
Mais, cette curiosité n’est pas seulement celle du scientifique, celle du sociologue, de l’anthropologue, chercheur froid et distant. Il s’agit d’une curiosité affectueuse, sous-tendue par le besoin de mieux connaître l’autre pour l’aimer plus. Mû par ces nobles sentiments élevés, Bernard Kolelas tira le meilleur parti de ses informateurs de fortune. Ceux-ci se révélèrent, bien vite, des personnes ressources fiables, détentrices d’insondables connaissances. Au fil du temps et des échanges, ces derniers ouvrirent, une à une, à Kolelas, «les portes du secret des sociétés de l’ombre», chez les Kwele et les Kota, deux tribus de la Sangha. Voilà pourquoi et comment s’en vint-il à enfourcher sa plume et à entreprendre l’exaltante aventure d’écrire un livre.
Mais, de la coupe aux lèvres, il y a une distance, si petite soit-elle. Il en est des breuvages comme de la production artistique et littéraire. En effet, la première décharge produite dans les doigts jusqu’au stylo, qui gratte le papier, pour enfanter un poème, un article ou un livre, part, souvent, de bien loin. Celle qui déclencha la parturition des «Epreuves initiatiques chez les Bantus», partit des années 70, plus précisément entre 1970 et 1973, de la prison de Ouesso.
Sortis de prison, Kolelas et son manuscrit regagnèrent Brazzaville, en 1973. Le manuscrit s’envola, ensuite, pour Paris où parût le livre, en fin 2007, aux Editions Menaïbuc. Que s’est-il passé 37 ans durant, de 1970 à 2007? Pourquoi tant de temps pour démarrer et conclure un manuscrit? Pour que celui-ci passe à l’édition et devienne livre? L’auteur répond, lui-même, à ces questions: «Mon emploi du temps passé m’avait contraint à mettre en sommeil (mon manuscrit)».
En complément de réponse, disons que ce décalage temporel s’explique également par les nécessaires relectures et corrections qui œuvrent à la maturation et font des «feuilles éparses un ouvrage attractif».
Dominique MBANGO


