Editorial : Pour une grande fête aux Diables-Rouges vainqueurs de Yaoundé 72
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- Créé le mardi 15 mai 2012 09:04
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Lors de sa réunion du conseil des ministres d’Oyo, le gouvernement a décidé de fêter le «jubilé quarantenaire» de la victoire des Diables-Rouges à la CAN de Yaoundé 72. A cette occasion, un «match de gala, animé par de grandes vedettes du football mondial… dans un brassage fraternel avec les joueurs de la sélection nationale», sera organisé, sans doute, au Stade président Alphonse Massamba-Débat, en juin prochain, lors d’une «journée nationale du football, qui aura pour point d’orgue un hommage solennel aux Diables-Rouges-72», sous le haut patronage du chef de l’Etat, Denis Sassou Nguesso.
Les Congolais ont raison de célébrer, avec éclat, le quarantième anniversaire de la victoire de la sélection nationale à la compétition continentale la plus prestigieuse. Car, depuis, les politiques de développement du sport, pratiquées par les différents gouvernements qui se succèdent à la tête du pays, n’ont plus jamais réussi à atteindre le niveau de 72 dans le domaine du football. On ne sait même pas s’il faut parler de politique de développement des sports, ou plutôt, de politiques d’abandon de ce secteur de la vie nationale, qui survit grâce aux soutiens extérieurs ou à la volonté de ses acteurs passionnés.
A l’exception du handball féminin, où le Congo s’est révélé comme une nation forte dans les années 80, enchaînant victoire sur victoire, avant d’être détrôné, depuis, par l’Angola -parce qu’évidemment, les conditions de développement du handball n’ont pas suivi-, le sport congolais oscille entre un niveau médiocre et moyen, ces vingt dernières années, alors qu’il a de grandes potentialités, à commencer par les talents qu’il renferme, et qui sont obligés d’aller éclore sous d’autres cieux. Le succès des Diables-Rouges juniors à la Can junior 2007, à Brazzaville, est révélatrice, justement, des potentialités dont regorge le sport congolais et qui, placées dans des conditions de développement adéquates, propulseraient le Congo dans le peloton de tête du sport continental. L’exemple des Léopards de Dolisie est emblématique de notre sport qui peut faire des pics extraordinaires, mais, n’arrivant pas à se maintenir au sommet.
On pourra beau sabler le champagne ou jouer des tam-tams pour les 40 ans de la victoire des Congolais à Yaoundé 72, mais cela risque de n’être que la manifestation de la nostalgie du passé, nourrie par l’incapacité d’atteindre, de nouveau, un tel niveau de succès, si on ne s’en tient qu’à la fête. Une telle célébration n’aura de sens et ne pourra être profitable que si elle est accompagnée ou fondée sur la détermination des pouvoirs publics à développer le sport national, en lui accordant les moyens qu’il faut, en termes d’infrastructures, de budgets de fonctionnement, d’organisation des compétitions, de professionnalisation des acteurs sportifs et d’ouverture à l’extérieur. Les Congolais aiment le sport. Mais, depuis, ils affectionnent, de moins en moins, les gradins des stades, car le sport congolais a beaucoup perdu de son niveau d’antan et reste au stade d’amateurisme, là où le professionnalisme et la spécialisation sont devenus des réalités courantes ailleurs. Pour se défouler, les Congolais se passionnent des matches qui se déroulent à des milliers de kilomètres de chez eux, et qui sont devenus un véritable phénomène de télévision, des spectacles captivants. Les écrans géants placés aux grands carrefours de la ville-capitale, n’attirent du monde qu’à ces occasions.
A l’heure où le gouvernement est préoccupé par la diversification de la croissance économique du pays, pour sortir de la domination du pétrole, il ne serait pas inutile de faire comprendre que le sport est un puissant vecteur de croissance économique, car il entraîne avec lui le tourisme, secteur qui constitue, pour beaucoup de pays, à travers le monde, un véritable levier de croissance. Vive le quarantième anniversaire de la victoire congolaise à la Can 72, mais en avant pour des victoires futures!
Joachim MBANZA


