Panser et repenser la ville du Congo: aménagement et développement urbain
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- Créé le samedi 12 mai 2012 10:09
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Le Congo, pays de près quatre millions d’habitants, est constitué, essentiellement, d’urbains. Huit habitants sur dix vivent dans les grandes villes. C’est vers 1984 que le Congo a basculé de la phase de mode de vie rural au mode de vie urbain, avec la révolution et la découverte du pétrole.
L’armature urbaine congolaise est, essentiellement, centralisée. Elle obéit au modèle de l’empire romain.
Adopté par la France, ce modèle a été imposé dans les colonies, pour les besoins effectifs de contrôle du territoire, par la mise en place d’une administration centralisée. Cela se traduit, au plan spatial, par la création des districts et des départements. Le schéma classique est le suivant: le district contrôle les villages; celui-ci est contrôlé par le département et le département par la capitale. Une exception, à ce schéma, au Congo, est la ville de Pointe-Noire. Celle-ci, par sa puissance économique, rivalise d’ardeur avec la capitale politique, Brazzaville, qui n’a qu’une seule unité industrielle: les brasseries du Congo. Le pays dispose ainsi de deux grandes villes situées aux deux extrémités du Chemin de fer Congo-Océan (C.f.c.o).
Les villes du Congo, chefs-lieux des districts ou des départements, sont, pour l’ensemble et à quelques exceptions près, des villes administratives. Au plan économique, ces villes ne vivent que du budget national (salaires des fonctionnaires, budget de fonctionnement et d’investissement).
A l’exception de Brazzaville et de Pointe-Noire, les villes n’ont pas une forte capacité de polarisation. Elles sont les réceptacles des populations rurales ou des autres petites villes, avant leurs migrations vers Brazzaville et Pointe-Noire. Pour être des villes administratives, les centres urbains secondaires n’ont aucune fonction spécifique. Mossendjo et Dolisie ont cessé d’être des villes du bois. Mindouli, Mfouati, Boko-Songho et Kelle ne sont plus des villes minières. Ewo et Kindamba ont perdu leur place dans la production du riz.
L’ensemble des villes du Congo présente des disfonctionnements en leur sein. Ces villes se développent par une forte expansion spatiale et sont, de ce fait, consommatrices d’espace.
Reformuler la politique des villes
La reformulation de la politique des villes congolaises passe, inexorablement, par les deux items suivants: Panser et repenser la ville congolaise.
Le Congo dispose de douze départements dont deux urbains. Il est possible de développer, au niveau des dix départements, une armature urbaine départementale, avec une ville capitale qui regrouperait divers services et unités de production adaptées à chaque département.
Les villes départementales, pour l’ensemble villes administratives, devraient être repensées et confortées par une activité économique liée à l’arrière-pays immédiat. Ces villes à panser seraient redotées d’un minimum de confort (accessibilité, eau, électricité et autres services). A ce titre, l’Etat devrait poursuivre le programme de désenclavement du territoire national et celui de la création du boulevard énergétique. Sur ce dernier point, le barrage d’Imboulou devrait être complété par la construction de deux nouveaux (Liouesso, pour ravitailler les localités de la Sangha et de la Likouala, et Marala, sur la Louesse, pour le Niari).
Chaque département serait relié à un autre par une bretelle de raccordement. Ce schéma complétera, au niveau départemental, l’armature urbaine du Schéma national d’aménagements du territoire (Snat)
Panser et réduire la croissance urbaine de Brazzaville et de Pointe-Noire
En rappel, les villes de Brazzaville et Pointe-Noire concentrent plus de la moitié de la population du Congo. Il est possible d’envisager la création d’une couronne urbaine sur un rayon de cent kilomètres autour des deux villes. Chaque ville de cette couronne serait pourvue d’activités spécifiques capables de drainer des flux migratoires.
Le décongestionnement de ces deux villes, par la délocalisation de certaines fonctions et activités actuelles vers les villes nouvelles, contribuerait à réduire leur croissance et permettra la création des milliers d’emplois pour plusieurs décennies.
Assainir et promouvoir des villes nouvelles en hauteur
L’extension spatiale des villes pose le problème de l’adéquation des besoins des populations et de l’offre des services (eau, électricité, transports urbains, écoles, formations sanitaires…). De plus, l’extension spatiale grève les prestations des services, à cause de la longueur des réseaux. Améliorer et étendre les voiries et réseaux divers (V.r.d).
De l’aménagement au développement urbain
Pour mener à bien ces missions, le Congo devrait adopter une politique d’urbanisation volontariste qui corrigerait le scénario catastrophique de l’hypertrophie urbaine. Cette politique volontariste prendrait en compte, à la fois, les villes existantes et les villes nouvelles, en vue d’un meilleur redéploiement des activités et des hommes, sur l’ensemble du territoire national et du monde rural en particulier. Il apparait la nécessité de création d’un organe pour l’aménagement et le développement urbain.
Cet organe sera l’expression d’un esprit d’actions volontaires (le baron Haussmann pour Paris, la Guinée Equatoriale en Afrique centrale) sur les néo-citadins, sur les villes et le monde rural.
Il devrait être animé par des hommes capables de transformer les villes anciennes par des importantes et responsables études, aux fins des grands travaux d’urbanisation, générateurs d’emplois, de réaménagement des vieux quartiers, d’agrandissement des artères de communication, de réalisation de divers réseaux structurants et de création des villes nouvelles, action à l’image du baron Haussmann en France, à la fin du XIXème siècle et des expériences africaines comme Ouaga 2000 et Lomé 2 et de toutes les villes de la Guinée Equatoriale, notre voisin sur la côte atlantique. Le Congo, pays d’eau, de soleil, de terre fertile, de foret, de pétrole, d’urbanistes, d’architectes, d’économistes, de sociologues et de politiciens qui subissent encore, à ce jour, les explosions du 4 mars, est interpellé.
Gaston GAPO, Architecte Faur, Ancien Ministre


