Tribune libre : Si l’école congolaise est en partie responsable du déclin du sport

Les ministres se succèdent à la tête de ce département très sensible, les présidents  des fédérations, traités d’incompétents, sont remplacés, au fil des assemblées électives. Voilà le tableau qu’offre le sport, dans sa globalité, au Congo.
Le diagnostic, les dirigeants politiques et sportifs le connaissent par cœur:
- L’insuffisance des moyens financiers;
- Le manque des cadres formés;
- Le manque d’infrastructures.
Acteur et observateur du sport congolais, je me pose la question: ce diagnostic est-il complet?
Le Congo abritera, en 2015, les Jeux africains. Le gouvernement, sans aucun doute, mettra des moyens très importants pour la réussite de cet  événement, cinquante ans après son lancement à Brazzaville. 
Au regard  de ce que les fédérations vivent, au quotidien, sur les stades d’entrainement, il y a lieu de dire que le problème est,  peut- être, ailleurs, sans pourtant mettre de côté le diagnostic ci-haut.
Le système éducatif congolais est, en partie, à la base de la déstabilisation du sport congolais.
Chaque année, les fédérations sportives connaissent un exode massif des jeunes talents forgés depuis les années pour rejoindre l’élite. Le premier exode,   les fédérations l’enregistrent  quand  ces jeunes sportifs arrivent en classe de terminale. Le choix est clair, le sport ne garantit rien, le baccalauréat ouvre  beaucoup de portes. Une fois ce palier franchi, les études supérieures, de par leurs emplois du temps surchargés, n’offrent aucune possibilité à ces jeunes talents de renouer avec les stades. Ainsi, les fédérations perdent, chaque année, 80 à 95% des  pieds et mains valides, fruits de leur labeur de plusieurs années de travail.
La conséquence directe: l’absence des jeunes scolarisés et universitaires dans les championnats d’élites du sport congolais. Le recours aux étrangers et aux jeunes non scolarisés ne favorise pas l’émergence de l’élite locale.
L’histoire du Congo est marquée par des sportifs talentueux, comme Moulélé, Mieré Chine, Ndolou, Mokoko, Ebomoa, Obouo, Bisseyou, Mpio, la liste n’est pas exhaustive, issus du monde scolaire. Pourquoi ne pas poser la question à ces monuments vivants, comment conciliaient-ils le sport et les études?
Nous pensons, aussi, comme cela se fait sous d’autres cieux, que l’Etat congolais doit s’impliquer dans la création des centres de formation, par l’octroi des subventions aux promoteurs. Ainsi, les prix très élevés, aujourd’hui, vont baisser, et  beaucoup de jeunes pourraient  concilier études et sports.
Une concertation entre les ministres ayant en charge les enseignements et le sport est souhaitable, pour voir comment ramener sur les stades les jeunes talentueux qui peuplent les écoles et établissements d’enseignement supérieur  pour la survie du sport congolais.

Mathias Bilou
(ancien président de la Fédération congolaise de badminton)

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