Editorial : Le défi démocratique des élections législatives!

Quoiqu’éclipsées par le drame du 4 mars 2012, les élections législatives arrivent à grands pas. Les Congolais en âge de voter vont devoir être, de nouveau, appelés à se rendre dans les bureaux de vote, choisir leurs représentants à l’assemblée nationale. En principe, le scrutin devrait avoir lieu au mois de juillet prochain. La date ne saurait tarder d’être officiellement fixée, par décret présidentiel convoquant le corps électoral. Lors du conseil des ministres du 4 avril 2012, le gouvernement a rappelé que l’organisation des élections législatives fait partie des priorités sectorielles maintenues dans la loi des finances 2012 rectifiée. Ce qui, en principe, prouve, clairement, que le scrutin se tiendra suivant le calendrier prévu.
A l’approche de cette échéance, on assiste à une certaine effervescence dans la vie politique nationale. A l’instar de l’initiative du député de Moungondou-Nord, Patrice Kadia, qui a décidé de quitter l’U.pa.d.s où il était secrétaire national, chargé de l’idéologie, pour créer son propre parti, la Ledip (Ligue pour l’émergence et la diffusion des idées panafricanistes). L’enjeu, pour lui et pour ceux qui sont tentés d’emprunter sa démarche, c’est, sans doute, de pouvoir être libre de se représenter aux législatives. En effet, à moins de trois mois des élections, le député a changé de cap, profitant de l’ouverture que donne l’article 100 de la constitution du 20 janvier 2002: «Il ne  peut être procédé à une élection partielle dans le dernier semestre de la législature».
Au niveau des partis, les conflits de positionnement se font, de plus en plus, jour. Les candidatures se multiplient, bousculant les équilibres qui ont fait la stabilité de ces partis, pendant la législature qui s’achève. On pourrait assister à de grandes empoignades, comme cela a failli être le cas entre le député Sylvestre Ossiala et son suppléant.
Pour éviter, justement, ces conflits internes inutiles, le P.c.t a choisi, lors de son dernier congrès extraordinaire, de trancher, de manière démocratique, la question de la multiplicité des candidatures dans une circonscription, en organisant des primaires. C’est cela, la démocratie au sein des partis. Mais, les cadres vont-ils s’y plier?
Du côté de l’opinion, on se réjouit de ce moment d’exiger les comptes. Les élus de 2007 vont devoir se plier à l’exercice, s’ils souhaitent voir les électeurs leur renouveler la confiance. C’est un moment redoutable pour ceux des députés qui n’ont pas été actifs dans leurs circonscriptions. Les Congolais veulent être exigeants et il apparaît, de plus en plus, que les seuls présents de campagne ne suffiront pas à leur faire changer d’avis. Tout le monde a compris le jeu, à commencer par l’électeur qui, aujourd’hui, a fini par se rendre conscient du pouvoir que représente son bulletin de vote. Même à l’opposition, on s’est rendu compte que le boycott n’aboutit, souvent, à rien, sinon qu’à sa mise à l’écart. L’U.p.r.n, le parti de Mathias Dzon, a décidé de présenter des candidats dans la course aux législatives, rejoignant les autres partis de l’opposition, comme l’U.pa.d.s ou l’U.d.r-Mwinda, qui préfèrent participer au vote, en dépit des exigences qu’ils posent en matière d’organisation des scrutins. Lutter à l’intérieur des institutions de la République, pour que les choses s’améliorent, vaut mieux que de se mettre à l’écart, pour attendre qu’on arrange tout, avant de s’engager. L’histoire est là pour nous démontrer que dans nos démocraties balbutiantes en Afrique, très rares sont les partis au pouvoir qui acceptent les conditions qui favorisent leur échec. On peut prendre l’exemple dans notre propre pays: l’U.pa.d.s n’exige-t-elle pas au P.c.t ce qu’elle lui refusait lorsqu’elle était au pouvoir? Et le P.c.t ne refuse-t-il à l’U.pa.d.s ce qu’il lui exigeait quand il était à l’opposition? Les acteurs politiques, c’est le tabac d’une même pipe. Il faut seulement souhaiter qu’il y en ait qui soient clairvoyants et modestes, pour que la démocratie avance. Le consensus d’Ewo, même s’il n’a pas tout réglé, donne au moins l’espoir que par le dialogue, le progrès est possible. Et c’est tant mieux, si le gouvernement, «fidèle à son engagement à garantir, effectivement, des élections libres, justes, transparentes et apaisées», s’attelle à mettre en pratique les conclusions de cette concertation d’Ewo. Il y va de l’image de la démocratie congolaise.

Joachim MBANZA

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