Après le drame de Mpila (Brazzaville) : L’A.r.d exige la mise en place d’une commission indépendante d’enquête

Dans une déclaration publiée à Brazzaville, le 20 avril 2012, la conférence des présidents de l’A.r.d (Alliance pour la république et la démocratie), une coalition de l’opposition dirigée par Mathias Dzon, exige au gouvernement, «la constitution d’une commission d’enquête ouverte aux associations de la société civile et aux experts internationaux», en somme, une commission indépendante, et «le respect, sans faille, des libertés individuelles et collectives, sérieusement mises en cause depuis le 4 mars 2012». Voici un large extrait de la déclaration de la conférence des présidents de l’A.r.d.
«Sur le plan national, le 4 mars 2012, la population de Brazzaville a été réveillée par les explosions d’obus et autres munitions qui ont rasé les camps militaires de Mpila, les quartiers de Yoro, Mpila, Kanga-Mbandzi, une partie de Talangaï et Ouenzé, faisant  de nombreuses victimes.
L’A.r.d, dans son message de condoléances du 6 mars 2012 aux familles éprouvées, a demandé, avec insistance, qu’une enquête rigoureuse et transparente soit, immédiatement, ouverte, pour déterminer, avec précision, les causes du désastre et situer les responsabilités, en vue des sanctions à prendre. Depuis cette date, le gouvernement, de façon ténébreuse, a mis en place une commission d’enquête  composée, unique-
ment, d’éléments de la Direction générale de la surveillance du territoire (D.g.s.t). Les résultats de cette enquête que le gouvernement avait promis dans un délai de quinze jours, sont toujours attendus. La conférence des présidents de l’A.r.d constate que, depuis cette catastrophe, le gouvernement entretient une nébuleuse autour de cette hécatombe du 4 mars 2012 et s’interroge: 
1- le ministre d’Etat, ministre de la justice a fait deux sorties spectaculaires en déclarant, en subsistance, que: «(…) La mise en place d’une commission d’enquête, avec pour but essentiel d’éclairer les circonstances de la catastrophe, de déterminer si les causes en sont accidentelles ou criminelles et, dans le dernier cas, d’en rechercher les auteurs, pour une traduction éventuelle devant les juridictions nationales civiles ou militaires, conformément au code de procédure pénal (…)» sic. Il tente ainsi d’apaiser les attentes des Congolais sur:
- la nature et l’origine des engins de destruction massive qui ont explosé;
- l’état des lieux où ces engins ont été stockés;
- les  causes «accidentelles ou criminelles» de ces explosions;
- l’ampleur des dégâts (nombre de morts, de blessés, de sinistrés, d’habitations détruites dans les quartiers);
-  les conclusions des rapports des experts venus pour la dépollution et le déminage des lieux.
2- Au sujet de l’enquête, la conférence des présidents de l’A.r.d observe le caractère opaque de cette enquête que l’opinion nationale et l’opinion internationale ont bien voulu transparente, indépendante, objective, ouverte aux autres composantes de la société congolaise, incluant des experts internationaux.
3- La conférence des présidents de l’A.r.d constate, également, que cette enquête ouverte depuis plus d’un mois, sur les explosions de Mpila, sujet spécifiquement militaire, non seulement piétine, mais est délibérément orientée vers des préoccupations politiques. Les résultats de cette enquête se font toujours attendre, pendant que les Congolais sont impatients de connaitre la vérité.
«La Lettre du Continent» n°632 du 29 mars 2012 indique qu’une deuxième commission d’enquête aurait été constituée dans les couloirs de la présidence de la République. Ce qui ajoute à la confusion et au caractère ténébreux de l’enquête. Si les informations de «La Lettre du Continent» sont vérifiées, quels objectifs le gouvernement poursuit-il, en multipliant les commissions? Cette confusion est d’autant grave que le pouvoir pose des actes en violation flagrante des règles élémentaires du droit:
-  interdiction faite aux auxiliaires de justice de faire leur travail;
- arrestations arbitraires;
- garde à vue dans les geôles de police au-delà du délai légal de 72 heures;
- exclusion du pouvoir judiciaire dans la conduite des enquêtes, etc.  
Pour l’A.r.d, la seule commission qui vaille, c’est une commission indépendante, ouverte à toutes les sensibilités nationales dont la société civile et à la communauté internationale.
L’A.r.d constate, par ailleurs, que le pays vit une situation d’état de siège qui ne dit pas son nom. Des barrages de la force publique sont érigés çà et là, à l’intérieur et à l’extérieur de Brazzaville, des patrouilles militaires et policières à bord d’engins anti émeutes sillonnent, nuits et jours, les artères de Brazzaville, les écoutes téléphoniques deviennent systématiques, des arrestations et des enlèvements se multiplient, les attroupements de plus de quatre personnes sont interdits, comme pour justifier cette situation d’état de siège.
Le gouvernement ne gère plus le pays. Les sinistrés dans les sites de fortune ne cessent de crier leur colère du fait de la me-gestion dans les sites. L’allocation de soutien aux sinistrés est versée dans un cafouillage inouï, moyennant paiement de pots de vin. Et que dire de l’indigence et de la déficience de la prise en charge  médicale des blessés dans les centres hospitaliers de Brazzaville? N’eût été l’aide médicale des pays amis, le Congo serait plongé dans une catastrophe sanitaire sans précédent. Que fait-on alors d’énormes revenus pétroliers pour être aussi démuni? C’est ici l’occasion, pour l’A.r.d, de remercier et féliciter l’élan de solidarité nationale et internationale. Face à cette situation, l’A.r.d exige du gouvernement:
- la constitution d’une commission d’enquête ouverte aux associations de la société civile et aux experts internationaux;
- l’interpellation, sans discrimination, des militaires concernés par la catastrophe de Mpila;
- l’audition des ministres en charge des questions de défense et de sécurité;
-  l’audition des principaux responsables des services de renseignements et des personnalités impliquées dans la délocalisation des camps militaires;
- la publication immédiate des premiers éléments de l’enquête;
- la mise en œuvre d’une meilleure politique de gestion de la crise et de ses suites, notamment l’identification réelle des victimes, l’indemnisation de ces mêmes victimes, le relogement rapide des sinistrés;
La situation du pays est très grave et de plus en plus préoccupante. La catastrophe de Mpila, s’ajoutant au blocage du pays du fait de l’absence d’un dialogue politique ouvert à toutes les forces vives de la nation, le moment est venu de faire preuve d’intelligence politique et de sagesse dans la recherche  des solutions permettant de sortir de cette grave crise. L’inquisition, l’arbitraire et l’état de siège de fait, ne peuvent qu’exacerber la crise et plonger le pays dans le chaos. 
L’A.r.d exige du gouvernement le respect, sans faille, des libertés individuelles et collectives, sérieusement mises en cause depuis le 4 mars 2012».

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