Après la catastrophe de Mpila, qu’est-ce qui va changer?
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- Créé le mercredi 28 mars 2012 12:57
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Il est de notoriété mondiale, à en croire les faits qui ont émaillé l’histoire de l’humanité, que les lendemains des catastrophes ont toujours fait suite à de grandes mutations, à de grands changements, à de grandes découvertes scientifiques et techniques desquelles dépendent les avancées technologiques auxquelles nous assistons, avec bonheur, aujourd’hui.
A contrario, chez nous, les périodes post-conflits ou post-drames ne riment à rien. Elles ne donnent lieu à aucune réforme ni, de façon générale, à aucun changement. Après les «Plus jamais ça» longtemps scandés par les leaders politiques, force est de constater que nous sommes encore à la case-départ. Après tous les procès faits à la mauvaise gouvernance, à la médiocrité, nous y sommes toujours. Enfin, après les appels à la probité, à la bonne gouvernance, nous en sommes, hélas, aujourd’hui encore, très éloignés.
Les deux grands conflits mondiaux, 1914-1918, pour le premier, et 1939-1945, pour le second, ont donné suite à de grandes découvertes scientifiques et techniques, et permis aux Etats parties prenantes au conflit, de connaître une expansion économique, résultat de mesures et plans de restructuration post-conflit, parmi lesquels le plan Marshall qui a permis aux économies européennes de se reconstruire et connaître une prospérité sans précédent.
La crise économique de 1929 a conduit les grandes nations et les grands penseurs du monde à relever les défis économiques qu’imposait la crise, non seulement pour la surmonter, mais également, pour ne plus y retomber.
Plus récemment, l’attaque terroriste des tours jumelles à New York, aux Etats-Unis d’Amérique, a changé, fondamentalement, la géopolitique du monde. Jamais rien ne sera plus comme avant ces attentats spectaculaires du 11 septembre 2001. De nouvelles techniques de contrôle et de nouvelles mesures de sécurité intérieure et internationale, particulièrement dans le domaine du transport aérien, ont vu le jour. De même, les équilibres géostratégiques ne sont plus les mêmes dans le monde, depuis ces attentats. La lutte contre le terrorisme international a conduit les armées des puissances internationales à intervenir dans d’autres Etats.
A présent, chez nous, après la tragédie de Mpila que tout le monde déplore et qui a si cruellement endeuillé la nation congolaise, qu’est-ce qui va changer? C’est la question qu’on est en droit de se poser.
Si l’opinion nationale et internationale est quasi-unanime que tout ceci est arrivé par la faute des hommes et la négligence des responsables au plus haut niveau de nos forces armées, à quoi peut-on s’attendre pour que, dans l’avenir, ce genre de catastrophe due à l’homme lui-même ne puisse plus se reproduire? Assisterons-nous, désormais, à une nouvelle façon de gérer les affaires publiques? La récente leçon sera-t-elle suffisante pour, enfin, mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut? Privilégiera-t-on la République, la nation, plutôt que les microcosmes ethniques, claniques ou régionaux?
Alors que, subitement, l’idée de la nation refait surface dans les médias nationaux et au moment où les appels à la solidarité nationale sont sur toutes les lèvres, une question mérite, opportunément, d’être posée: la nation prévaudra-t-elle, désormais, sur les considérations individualistes?
Et quand il s’agira de nommer les cadres à des postes de responsabilité nationale, se rappellera-t-on de la nation? Ou celle-ci ne vaut que dans les moments de peine? Autant de questions que ce drame et ses à-côtés soulèvent, inéluctablement.
Ainsi, la période post-drame ouvre-t-elle un nouveau chapitre des défis importants à relever:
- l’impérieux devoir de délocaliser toutes les casernes qui bordent nos quartiers;
- déclarer la fin de l’impunité qui gangrène notre société;
- refonder nos forces armées, en mettant l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, dont la compétence sera le seul critère de choix et de promotion, plutôt que quelques considérations égoïstes et sectaires;
- promouvoir l’idée d’émulation et du mérite, facteurs clés d’une vraie performance, pour une armée résolument républicaine et pas seulement protectrice des régimes successifs.
Le drame de Mpila a mis en exergue un vrai élan de solidarité nationale, tant la compassion et la consternation furent perceptibles chez tous les Congolais, que les clivages habituels n’eurent guère la moindre place pendant toute la durée du deuil.
Le constat d’une vraie union nationale sacrée dans la douleur pouvait être dressé. Pourtant, ce n’est toujours pas le cas, en temps normal, malheureusement, notamment quand il s’agit de la redistribution des richesses nationales où les clivages, les égoïsmes refont, naturellement, surface. Alors, quelle idée de la nation? Quelle idée de la République?
Les catastrophes récurrentes et successives de ces dernières années dans notre pays sont de l’ordre plus généralement de la négligence, du manque de professionnalisme, du manque de vision prospective, plutôt que de l’ordre du naturel, sismique ou «tsunamique». Donc, du fait des hommes, de l’immobilisme et du cynisme.
Les techniques de gestion ont tellement évolué que tout peut être anticipé, y compris le risque. Ainsi, aujourd’hui, les politiques H.s.e (Hygiène, sécurité et environnement), les normes internationales Iso et le management intégré nous permettent de nous y aligner et, pro-activement, anticiper ou simuler les résultats auxquels l’ont veut parvenir. Il en va de même pour le risque.
Puisse la tragédie de Mpila impulser un vrai sursaut national, conduire au dépassement des clivages, favoriser la concorde nationale et mettre fin à l’apologie de l’incompétence et de l’impunité dans la gestion des affaires publiques.
Diop MAHOUCKOUS


