Ce que le peuple aurait aimé entendre de son gouvernement
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- Créé le mercredi 28 mars 2012 09:38
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Le drame de Mpila a laissé paraître au grand jour, les erreurs du gouvernement en matière de communication. N’eut été la montée au créneau du président de la République, lui-même, la colère de l’opinion, particulièrement les populations directement victimes de la catastrophe, aurait donné une autre tournure à la suite des événements. En effet, l’après-midi même du dimanche 4 mars, le chef de l’Etat avait eu la modestie de reconnaître qu’il n’y avait rien à cacher que les explosions du camp du régiment blindé ne feront pas moins d’une centaine de morts. La triste réalité est bien celle-là.
Or, la volonté de certains membres du gouvernement, de ne pas traduire, dans le discours livré à la population meurtrie, la réalité qui venait de se produire comportait le risque de voir une opinion en colère, se retourner contre les pouvoirs publics. D’ailleurs, les officiels ont, eux-mêmes, vécu la sérieuse menace de la colère populaire, le jour des obsèques des victimes du drame de Mpila, le dimanche 11 mars.
Le paradoxe est que c’est du gouvernement que vient aussi la sagesse du type de discours que le peuple aurait aimé entendre, en ces moments difficiles. En effet, s’exprimant au nom du pôle de la souveraineté qu’il coordonne, le ministre d’Etat Aimé Emmanuel Yoka se distingue par un énoncé qui non seulement se manifeste par la sagesse des propos face à la douleur du peuple, mais encore, se signale par le courage d’aborder la vérité. Dans son hommage à «tous nos morts du 4 mars 2012» Maître Yoka écrit: «Puis, cette vérité qui tardait à montrer son visage, afin de nous faire croire que les dégâts n’étaient que matériels. Mais, il apparaît, clairement, que le diable était dans le détail. Sous les décombres, gisaient les corps de nos frères et sœurs. La fatalité nous a ri au nez, comme elle le fait dans toutes les nations du monde» (1).
Membre du gouvernement, il prend ses distances par rapport au discours gouvernemental sur la cause du drame: «Puis, vient cette interrogation dans les conversations: pourquoi cela s’est-il produit? Un incident, un court-circuit dans une réserve d’armes du régiment blindé de Mpila, dit-on, en guise de réponse» (2).
Enfin, le ministre d’Etat est de ceux qui pensent que ce drame induit une certaine remise en cause de notre mode de gouvernance (Gouverner, c’est prévoir): «Nous pleurons vos pertes qui sont les nôtres, celles de notre nation. Nos frères et sœurs sont, aujourd’hui, des martyrs et ils sont aussi les initiateurs involontaires de nouvelles réflexions sur les moyens à mettre en œuvre, pour éviter des effets désastreux et repenser à une formulation du principe de précaution et de prévention» (3).
Fidèle à sa logique d’être proche du malheur du peuple, Aimé Emmanuel Yoka a, dans une déclaration face à la presse, levé un coin du voile sur l’enquête, en donnant un détail extrêmement important. Il a indiqué, en effet, que selon les probabilités de l’expertise internationale, le drame de Mpila est du fait de l’homme pour 28%, contre 6% seulement du fait d’un court circuit. Cette vérité décapante, qui épouse le sentiment général de la population qu’il y a «une main noire» dans les explosions de Mpila, donne une nouvelle tournure au drame du 4 mars 2012.
Mais, le ministre d’Etat Yoka n’a parlé qu’au nom de son pôle. Il reste à savoir si le gouvernement tout entier aura le courage de le suivre dans la révélation de cette redoutable vérité qui, assurément, n’épargnera pas ceux qui ont voulu, jusque-là, la dissimuler. L’exigence éthique de devoir la vérité à son peuple, lorsqu’on est appelé à servir la République dans les hautes fonctions, les contraint à en tirer les leçons. Dans les responsabilités publiques, ce ne sont pas les avantages matériels et autres qui comptent, plutôt, l’honneur du devoir et la légitime fierté de servir son peuple. Lorsque cet honneur et cette légitime fierté n’y sont plus… Il faut reconnaître à Aimé Emmaneul Yoka, la vertu de dire ce que le peuple voudrait entendre de son gouvernement, pendant ce moment de malheur.
Joachim MBANZA
Note:
1-Voir texte: «Hommage du pôle de la souveraineté à nos compatriotes, à tous nos morts du 4 mars 2012» in La Semaine Africaine n°3176 du vendredi 16 Mars 2012. Page 6.
2 et 3: idem.


