Coup d’Etat au Mali : Des militaires mutinés mettent à mal l’exemple démocratique malien

Un Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (C.n.r.d.r.e) a annoncé, tôt, jeudi 22 mars 2012, avoir pris le pouvoir à Bamako, après la dissolution de «toutes les institutions» nationales et «la suspension de la constitution». Le putsch est dirigé par un officier, le capitaine Amadou Sango, qui s'est exprimé sur la radio malienne occupée par les mutins, depuis mercredi 21 mars, pour instaurer le couvre-feu, la fermeture des frontières et des aéroports du Mali. Mais, la situation reste tendue dans la capitale malienne où des tirs sporadiques d'armes légères sont encore entendus, le jeudi 22 mars. Le président renversé, Amadou Toumani Touré, serait dans un camp contrôlé par des militaires loyalistes, tandis que certains de ses ministres sont arrêtés.

Tout est parti mercredi 21 mars par une mutinerie partie d’un camp miliaire situé à une quinzaine de kilomètres de Bamako. Les soldats mutinés, qui ont gagné la capitale, réclamaient au gouvernement plus de moyens pour combattre la rébellion touareg du Nord. Ils avaient, déjà, occupé la radio et la télévision nationales. Dans la nuit, ils ont attaqué le palais présidentiel et très tôt, le matin, à 4h, heure locale, ils ont annoncé la prise du pouvoir.
Le porte-parole de la junte, le lieutenant Amadou Konaré, entouré d'une dizaine de militaires putschistes en uniforme, s'est exprimé, au nom du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat, pour justifier le coup d’Etat par «le manque de matériel adéquat pour la défense du territoire national» mis à disposition de l’armée malienne et par «l’incapacité du pays à lutter contre le terrorisme». La junte a, en même temps, «pris l’engagement solennel de restaurer le pouvoir civil» et de former un gouvernement d’union nationale. Les mutins ont dit avoir mis fin à un «régime incompétent», qui s’est montré «incapable» «à gérer la crise au Nord» du Mali.
Indépendant en 1960, l’ancien Soudan français, aujourd’hui Mali, a connu son premier coup d'Etat, en novembre 1968, par le général Moussa Traoré, qui renversa le premier président, Modibo Keita. Après un régime autocratique, le général Traoré sera renversé, à son tour, à la suite d’un coup d’Etat, le 26 mars 1991, par le colonel Amadou Toumani Touré, qui va instaurer un «comité de transition pour le salut», ayant conduit le Mali à la démocratie, avec la tenue d’élections libres. C'est ainsi qu’Alpha Oumar Konaré est élu en juin 1992, pour un mandat de cinq ans. Il est réélu en 1997. Devenu, entre-temps, officier général, Amani Toumani Touré retrouvera les honneurs du pouvoir, en juin 2002, par les urnes, cette fois-ci. Il est réélu en 2007, pour un dernier mandat et il se préparait à céder le pouvoir démocratiquement, au futur élu. Grâce à lui, le Mali est devenu un exemple de démocratie, avec alternance au pouvoir.
Mais, le coup d’Etat du capitaine Amadou Sango qui a débuté par une mutinerie, a porté un coup dur à l’expérience démocratique malienne. Alors qu’il préparait l’élection présidentielle, prévue en avril prochain, pour quitter le pouvoir démocratiquement, par la grande porte, à l’issue de son second et dernier mandat, le président Toumani Touré est renversé par des soldats mutins. Reste que les officiers putschistes vont devoir faire face à la communauté internationale qui, par principe, désapprouve une telle aventure de prise de pouvoir. «Nous demandons le rétablissement de l’ordre constitutionnel, des élections, elles étaient programmées pour le mois d’avril, il faut qu’elles aient lieu le plus vite possible, pour que le peuple malien puisse s’exprimer», a dit, déjà, Alain Juppé, le ministre français des affaires étrangères.
Dans un communiqué, la Cedeao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) a, quant à elle, «fermement condamné» le renversement des institutions constitutionnelles au Mali. Elle «rappelle aux militaires quelle est leur responsabilité selon la constitution et réitère la politique de la Cedeao de zéro tolérance à l'égard de toute tentative de prise ou de maintien du pouvoir par des moyens anticonstitutionnels».
Reste à savoir comment la classe politique malienne va réagir devant cette donne inattendue de la politique dans leur pays. Quoiqu’il en soit, il est difficile que les hommes en treillis maliens réussissent à s’imposer au pouvoir, en établissant des institutions reconnues au double plan national et international. Les motivations de leur putsch ne peuvent aucunement justifier la prise du pouvoir par la force.

Joël NSONI

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