Editorial : Des leçons judicieuses à tirer!

L’élan de solidarité qui se manifeste en faveur des victimes de la tragédie de Mpila témoigne des véritables valeurs de fraternité et d’amour qui caractérisent la société congolaise, de manière générale. Personne, sans doute, lorsqu’on a entendu parler des explosions du camp du régiment blindé de Mpila, ne s’imaginait l’ampleur de la catastrophe. Mais, dès que les premières images filmées par les chaînes de télévision ont été diffusées, partout, on a ressenti le choc. Tant l’ampleur du drame est du jamais vu au Congo. Partout dans le pays, il y a eu de la compassion. Les bombes ont frappé sans distinction de quoi que ce soit et tous les hôpitaux de la capitale en état de fonctionnement ont reçu des blessés.
Après l’appel des autorités nationales, des gestes de solidarité ont commencé à se manifester. Il y a réellement un sentiment national chez les Congolais, car dans le malheur, nous sommes capables de nous soutenir. Et la dynamique nationale de solidarité est renforcée par la solidarité internationale, à travers les pays amis, les institutions et les organisations non gouvernementales qui viennent au chevet de nos victimes. Toute cette dynamique de solidarité permet non seulement de soulager ceux qui souffrent ou qui sont en détresse, mais également, de faire renaître l’espoir à la vie.
De leur côté, les pouvoirs publics traduisent, progressivement, dans les faits, l’action de l’Etat en faveur des victimes. Il y a encore beaucoup à redire de ce côté-là, mais l’on peut se rassurer de la volonté d’agir qui anime les dirigeants nationaux. Pourvu que cela dure aussi longtemps qu’il y a des victimes à soulager. Cependant, des questions demeurent et l’opinion nationale souhaite ardemment comprendre: pourquoi en est-on arrivé là? Que s’est-il passé? Pourquoi l’armée, dont la vocation est de défendre et protéger le peuple, n’a-t-elle pas pu organiser les premiers secours des personnes coincées dans les décombres? Pourquoi les premières interventions gouvernementales n’ont-elles pas apporté des clarifications rassurantes pour la population en détresse, etc?
Exiger de comprendre les causes d’un tel drame n’est pas se retourner contre quelqu’un. C’est une attitude citoyenne responsable qui relève de la démocratie participative.
Le drame de Mpila, à l’exemple d’autres événements douloureux déjà connus, est une grande blessure pour la nation congolaise. Il vient rappeler que les charges publiques sont, d’abord, pour servir la nation. Une sorte de contrat moral avec le peuple et cela confère des devoirs au-delà desquels rien ne peut compter. Faire autrement peut être pris comme un manque de considération à son peuple. Les leçons judicieuses que les institutions nationales pourront être capables de tirer de ce drame effroyable permettront d’améliorer la gouvernance du pays, de faire obligation aux acteurs publics de prendre encore davantage conscience de leurs responsabilités, pour que dans l’avenir, ne se produise plus ce genre de tragédie dont ont sait que, accidentelle ou pas, elle est la conséquence d’erreurs humaines accumulées: erreur de n’avoir pas vite réalisé la délocalisation des camps militaires; erreur de n’avoir pas pris les précautions nécessaires dans la conservation d’armements dangereux, etc.

Joachim MBANZA

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