Editorial : La République face à ses responsabilités!
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- Créé le mardi 13 mars 2012 12:40
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Le rôle premier d’un Etat, c’est de protéger ses citoyens, avant de leur assurer un gite, la sécurité pour permettre la mobilité, sans entrave, sur toute l’étendue du territoire national. C’est cela qui donne le droit à chaque Etat souverain, de lever une armée, dont la vocation première est la défense du territoire national, contre toute attaque ennemi. «La force publique est apolitique. Elle est soumise aux lois et règlements de la République.
Elle est instituée dans l’intérêt général. Nul ne doit l’utiliser à des fins personnelles. La force publique est subordonnée à l’autorité civile. Elle n’agit que dans le cadre des lois et règlements. Les conditions de sa mise en œuvre sont fixées par la loi», prescrit l’article 171 de la constitution du 20 janvier 2002.
Le drame de Mpila, on le sait, est la conséquence de la manière dont l’armée, composante de la force publique, est gérée. Quelle que soit l’origine de l’incendie qui a provoqué l’explosion des munitions dans les dépôts du camp du régiment blindé et du génie (l’enquête en cours le dira), la responsabilité morale de l’armée ne fait aucun doute, dans ce drame. Et cette responsabilité appelle à des décisions importantes, dans la droite ligne de la tradition disciplinaire militaire. Il ne s’agit, aucunement, de tomber dans la chasse aux sorcières, ni de fabriquer des boucs émissaires parmi les soldats, mais de sauvegarder l’esprit de responsabilité dans une institution appelée à gérer des engins dangereux, pour la défense du territoire national.
Or, depuis nos turpitudes sanglantes, la tradition disciplinaire au sein des composantes de la force publique a pris un sérieux coup. A l’époque, un soldat était appelé à se justifier devant ses chefs, de la perte d’une balle de son chargeur. Aujourd’hui, la force publique n’a plus la totale maîtrise de ses équipements, particulièrement les armes, qui peuvent se retrouver n’importe où, au gré de la volonté d’un chef, sans que personne n’ait à rendre compte.
Si hier, sous le parti unique, l’armée était le fer de lance de la défense du pouvoir (donc du régime en place), aujourd’hui, sa vocation et sa raison d’être sont bien déterminées par la constitution. C’est au nom de cela que le peuple, victime des négligences dans la gestion des équipements militaires, peut demander des comptes au gouvernement, dans la gestion de la force publique. Cependant, la représentation du peuple (le parlement) est-elle à la hauteur de la détresse qui étreint, aujourd’hui, les Congolais à la suite du drame de Mpila? Pour une telle catastrophe, l’assemblée nationale peut-elle se contenter d’une question d’actualité au gouvernement, question d’actualité qui n’a, de toutes façons, rien apporté de nouveau dans la connaissance des faits? En tout cas, même l’interpellation, dans sa forme actuelle, n’est déjà pas suffisante pour traduire la détresse de l’opinion, tant la nature du drame vécu dépasse l’entendement, en matière de gestion publique. Imaginons que les pays détenteurs d’armes nucléaires les conservaient avec négligence, l’humanité serait menacée de disparition de la surface de la terre.
Dépasser l’émotion, et après l’hommage à nos martyrs, ceux qui ont perdu la vie dans des conditions atroces, à cause de nos négligences ou de nos fautes de gestion, la République, à travers ses institutions, est, dorénavant, face à ses responsabilités. Le gouvernement, pour faire aboutir l’enquête, doit déterminer la chaîne de responsabilités et prendre les mesures qui s’imposent; le parlement, pour retirer ou non sa confiance à ceux qui, au niveau du gouvernement, ont failli; la commission nationale des droits de l’homme, pour veiller à ce que les droits des citoyens soient respectés dans la réparation des préjudices qu’ils ont subis; la justice, pour punir les coupables qui lui sont présentés; le Conseil économique et social, pour veiller à ce que les politiques sociales n’occasionnent plus le dénuement des hôpitaux; le Conseil supérieur de la liberté de communication, pour veiller à ce que les médias servent l’objectivité des faits, etc. Il serait inconcevable, inexplicable et même tout simplement un non sens, de croire qu’après le drame de Mpila, la vie nationale peut reprendre son cours normal, comme si de rien n’était. Le carnage de Mpila, même accidentel, met la République devant ses responsabilités, pas seulement d’enterrer ses morts, mais de faire que cela ne survienne plus jamais.
Joachim MBANZA


