Mgr Anatole Milandou, archevêque métropolitain de Brazzaville : «Quand il y a des gens qui souffrent, les chrétiens ne peuvent pas croiser les bras»

L’explosion, dimanche 4 mars 2012, du dépôt de munitions du camp du régiment blindé, à Mpila, dans le 5ème arrondissement, de Brazzaville, a occasionné d’importants dégâts humains et matériels, jusque dans certaines paroisses. Pour faire face à cette tragédie, Mgr Anatole Milandou, archevêque métropolitain de Brazzaville, a lancé un appel pour mobiliser les chrétiens de l’archidiocèse et susciter la générosité des hommes et des femmes de bonne volonté, à l’égard des victimes. «Quand il y a des gens qui souffrent, les chrétiens ne peuvent pas croiser les bras», a confié l’ordinaire de Brazzaville, dans l’interview qu’il nous a accordée, lundi 5 mars 2012.

* Monseigneur, dimanche, les Brazzavillois ont été surpris tôt le matin par des détonations dues à des explosions à la caserne militaire de Mpila, qui a occasionné beaucoup de dégâts humains et matériels. Comme ordinaire du lieu, quelle lecture faites-vous de cette tragédie?
** Tant qu’il y a des pertes de vies humaines et matérielles, évidemment, c’est la détresse, c’est une immense misère qui s’installe dans les foyers, dans les familles, chez nos chrétiens, chez tout le monde. Pour nous, c’est une souffrance, c’est une douleur que nous ressentons, face à ce qui se passe. Ce n’est pas la première fois, nous connaissons beaucoup de tragédies dans notre pays. Effectivement, nous sommes en train de nous interroger sur ce qui nous arrive. C’est vraiment triste, c’est douloureux.

* Cette tragédie a laissé certaines paroisses de Brazzaville sous le choc. Auriez-vous un appel à lancer?
** Bien sûr! Nous réagissons et dans un premier temps, nous allons nous réunir pour voir quelles décisions nous pouvons prendre, quelles orientations donner. Ce que nous devons faire, c’est un appel à la solidarité. Quand il y a des gens qui souffrent, les chrétiens ne peuvent pas croiser les bras. Au contraire, nous avons le devoir de charité envers tous ceux qui souffrent, envers tout le monde, envers tous ceux qui ont tout perdu. Dimanche même, nous avons sillonné quelques paroisses qui ont été détruites; il y a une paroisse qui a été littéralement broyée, détruite: Saint Louis des Français. Nous étions à la paroisse Sainte-Marie de Ouenzé, nous sommes passés à Sainte-Anne et à Saint Esprit de Moungali. Le lundi matin, nous sommes allés voir l’église Notre-Dame de Fatima de Mpila et la sœur Marie-Thérèse Ongayolo, qui avait à charge beaucoup d’orphelins. J’ai constaté, j’ai vu de mes yeux les dégâts causés par ce drame. Naturellement, nous allons appeler à l’aide, nous allons interpeller la générosité des chrétiens.

* Hier, c’était l’accident des ouvriers apostoliques qui a causé de nombreux blessés, aujourd’hui, un incendie qui ravage des vies humaines et décime des habitations. En ce début de carême, quelle peut être la voix de l’Eglise pour consoler et réconforter les chrétiens?
** Evidemment, il est parfois mieux de se taire devant la souffrance, devant la douleur. Comme je l’ai souligné au début, nous assistons à beaucoup de drames. Vous avez souligné le cas des prêtres et religieuses blessés, d’aucuns se demandent si nous prions assez. Je pense que ces choses, il ne faut pas les évaluer à cette hauteur-là. Des prêtres qui prient beaucoup chez qui arrivent beaucoup de drames; si nous voyons toutes ces catastrophes naturelles qui arrivent à travers le monde, nous pouvons nous demander pourquoi cela nous arrive. En ce temps de carême, je pense que notre prière doit se faire incessante, agissante. C’est la période où nous méditons justement la passion du Christ, qui a beaucoup souffert, qui a pris sur lui toutes nos fautes. C’est l’occasion, pour nous, de beaucoup prier, de méditer sur les souffrances du Christ et nos propres souffrances. Nous sommes appelés à l’espérance. Malgré tout ce qui nous arrive, nous devons croire au Christ qui est là, qui nous a précédés sur ce chemin. Il n’y a que lui qui peut nous consoler convenablement. Qu’il nous aide à retrouver l’espérance, le chemin du sens de la vie!

Propos recueillis par
Aristide Ghislain NGOUMA


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