Editorial : Ironie du sort, c’est la démocratie qui a le dernier mot!
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- Créé le samedi 3 mars 2012 09:46
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Abdoulaye Wade passe, sans doute, les pires moments de sa vie au palais présidentiel. Jamais il n’aurait pensé que son propre fils politique, devenu son grand rival, est celui-là même qui va lui succéder.
Arrivé à la tête du Sénégal en avril 2000, après une longue vie d’opposant, l’actuel chef d’Etat sénégalais a surpris le monde, à commencer par son propre peuple, par la dérive autocratique de son pouvoir. On serait encore dans les années 70 qu’il n’aurait pas hésité à instaurer le monopartisme au Sénégal. Mais, toutes ses tentatives de vouloir s’éterniser au pouvoir et de s’assurer une succession familiale, par son fils Karim Wade, ont été vouées à l’échec, par la maturité démocratique du peuple sénégalais.
Là où le sort tourne à l’ironie pour lui, c’est que c’est l’homme qu’il avait puni, voire humilié, pour avoir convoqué son fils Karim Wade, pour une audition à l’assemblée nationale, qui est en passe de devenir le futur président sénégalais. En effet, alors qu’il était le numéro deux du P.d.s (Parti démocratique sénégalais), le parti d’Abdoulaye Wade, Macky Sall fut rétrogradé, politiquement parlant, pour avoir commis le crime de lèse-majesté de convoquer le fils du président de la République, à l’assemblée nationale, pour l’auditionner sur la gestion de l’Anoci (Agence nationale de l’organisation de la conférence islamique), en 2008.
Ayant fait ses armes politiques au P.d.s, auquel il adhère à partir de 1980, Macky Sall, ingénieur géologue et géophysicien de formation, est premier ministre sous Wade, d’avril 2004 à juin 2007, après avoir été ministre des mines, de l’énergie et de l’hydraulique. En 2007, il conduit la campagne du candidat président pour sa réélection. Fort de ce succès, Macky Sall se fait alors élire président de l’assemblée nationale, par une écrasante majorité. Mais, sa fulgurante ascension au sein du P.d.s s’arrêtera là. Non seulement Macky Sall perd son poste de numéro deux du parti au pouvoir, mais encore il voit son mandat de président de l’assemblée nationale être réduit de cinq à un an. Histoire de vite se débarrasser de ce dauphin non déclaré qui faisait de l’ombre au fils dont le rêve est de succéder à son père. Humilié, Macky Sall claque la porte du P.d.s, le 9 novembre 2008, et crée, un mois plus tard, son propre parti, l’Alliance pour la république, qui se situe à l’opposition. Le maître a beau mépriser l’élève qui devient son grand rival, le destin fera que leurs chemins se croisent.
En effet, il ne fait plus de doute que le second tour va opposer le président sortant, Abdoulaye Wade, à Macky Sall, qui se présentait, pour la première fois, à une élection présidentielle, et qui est donné favori. Le deuxième tour risque d’être une véritable douche froide pour Wade. Et s’il est élu à la tête du Sénégal, Macky Sall annonce déjà la couleur, en ordonnant un audit des finances publiques. Ironie du sort, c’est la démocratie qui a le dernier mot!
Joachim MBANZA


