La chronique du fureteur : L’aliénation culturelle

D’aucuns diront que ce sont de simples mots ou expressions. D’autres deviseront que ce sont des restes du vocabulaire pseudo-révolutionnaire de la belle époque. Certains encore parleront d’obsession. Ce qui est certain, c’est que les années passent, des générations s’éteignent et se succèdent. Mais, certains comportements, certaines attitudes et certains modes de pensé résistent. Cela traduit ainsi ce qui se passe dans notre subconscient: une aliénation mentale et culturelle.
C’est comme si les Congolais refusaient de grandir et d’assumer leur propre histoire. Nous avons peur d’être nous-mêmes. Nous nous référons toujours aux colons et à la France. En voici un exemple anodin, banal mais ô combien significatif.
La Congolaise de banque (L.c.b), qui est bien une banque congolaise comme l’indique son nom, a fait imprimer, au titre de l’année 2012, des calendriers pour sa clientèle résidant au Congo. Il ne s’agit pas de calendriers religieux voire catholiques, puisque la L.c.b n’est pas une institution religieuse. Et pourtant, chaque jour est désigné par un nom de saint. Cela revêt, sans doute, un caractère universel, donc c’est normal. Ce qui l’est moins, c’est qu’on y trouve des noms de saisons, en gros caractère et en gras, qui n’existent pas au Congo. Ainsi, sur le calendrier proposé, on lit: 20 mars, printemps; 21juin, été; 22 septembre, automne; 21 décembre, hiver.
Il y a mieux: la fête de Jeanne d’Arc, le 13 mai; l’Armistice de 1918, le 11 novembre; le Souvenir des déportés, le 29 avril, sont également soulignés en caractères plus gros que notre fête de l’indépendance, le 15 août. Le comble, c’est que le 14 juillet est marquée «Fête nationale». Du Congo!!
Entre nous, n’est-ce pas de l’aliénation mentale et culturelle en plein? Fête nationale! Même avant l’indépendance, nos parents disaient «Eyenga Poto», c’est-à-dire, «fête de la France», «Poto» signifiant France et non fête nationale.
Malgré nos 27 ans de révolution marxiste et nos 50 ans d’indépendance, voilà où nous en sommes. La France reste notre référence. C’est une fixation. C’est dans notre subconscient. Franz Fanon aurait du écrire «Noir de peau, Blanc d’esprit»  au lieu de «Peau noire, masque blanc». Ce n’est pas étonnant, mais c’est dramatique, c’est lamentable, c’est piteux, c’est catastrophique. Il faut une véritable cure d’inculturation, pour employer un mot à la mode à l’Eglise catholique. C’est un exercice de souveraineté mentale et culturelle que nous devons pratiquer.
Autrement, dans 50 ans, nous en serons encore à accuser les colons de tous nos maux et à rêver de la France comme de la patrie perdue et désirée du paradis, de la référence absolue. Non, tournons la page. Soyons ce que nous sommes.

Gaston Pius ZONGOLO
Le Fureteur


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